Chapitre 1 : Le contexte d’adoption

Image 42Béatrice est une femme de 42 ans qui a adopté avec son mari Léa, une petite fille à l’âge de trois mois. Aujourd’hui, elle a trois ans. Elle a une voix très douce, fragile. C’est une femme à l’âme sensible qui s’exprime en étant posée et calme.

Béatrice commente ce qui l’a amené à l’adoption comme « une attente de 12 ans… il s’est écoulé 12 années ». Il s’agit de la période des multiples tentatives pour avoir un enfant. Cette femme et son mari sont passés par de nombreuses étapes médicales qui ont dit-elle « frisé pour ma part… la… la mort, hein ». Le couple s’est donc résigné et a commencé à envisager une nouvelle solution : l’adoption « parce qu’une vie sans enfant pour moi c’est pas possible ». Ils ont eu besoin de « laisser murir les choses » avant d’entamer les démarches explique Béatrice (« mon mari s’était mis en tête : bon tant pis, on va faire notre vie à deux »). La blessure narcissique était telle que tous deux ont eu besoin de temps. Une fois la décision prise d’adopter, Béatrice utilise le pronom « je » en disant « j’ai fait la démarche auprès du Conseil Général », elle s’en justifiera en disant que c’est elle qui s’occupe des papiers « c’est pour ça que je dis « je » mais c’est « nous » ». Tout au long de l’entretien, je ressentirai que Béatrice semble avoir un rôle plus actif dans ce projet d’enfant, du moins dans la prise d’initiative pour les démarches. Béatrice retrace rapidement les étapes qui ont conduit à l’adoption de leur fille Léa. Elle les met en parallèle avec le besoin de soutien qu’elle a trouvé auprès d’un couple d’amis ayant adopté quelques années auparavant. S’appuyer sur les expériences d’autrui l’a soutenu dans ce projet. Cependant concernant le temps d’agrément, Béatrice explique que les 9 mois étaient amplement dépassés.

Les protocoles médicaux l’ayant beaucoup épuisée physiquement et mentalement : « on essayait de vivre le plus normalement possible. […] Ça restait omniprésent mais on essayait de, voilà, de ne pas trop y penser ». La blessure narcissique est indiquée à plusieurs reprises : « on voulait pas que ça nous bouffe la vie plus que… plus que tout le reste… on a tellement souffert ». Il y a une ambivalence, qui est tout à fait justifiable, dans ce passage où Béatrice dit ne pas vouloir y penser et dans le même temps « on y pensait… on comptait le temps ». Elle ajoute que cela est le cas pour tout le monde d’après elle. En effet, ne pas y penser pour se protéger et simultanément y penser, car le projet se construit, s’élabore et se concrétise, est fondamentalement humain.

Comme je l’ai déjà abordé plus haut, Béatrice a besoin de réassurance et de sécurité par ses amis notamment. En effet, lors du premier entretien, elle parlera très peu de sa famille et de leur place dans ce projet d’enfant. Je comprendrai à la seconde rencontre que ses relations familiales sont compliquées. Cette présence d’amis l’a aidé à tenir et surtout à garder espoir dans les moments sombres notamment lors de l’attente après l’agrément : « elle me dit « tu verras à l’anniversaire de ton agrément tu l’auras ». Et à l’anniversaire de notre agré… on a eu un entretien… et ça nous a mis la puce à l’oreille ».

Lorsque l’appel pour prendre rendez-vous eu lieu, Béatrice n’a pas compris immédiatement l’objet de l’appel et a eu une réaction assez agressive « mais pour quoi faire ? ». Une fois l’objet de l’appel compris, le débit verbal de Béatrice s’est accéléré en retranscrivant telles quelles les phrases échangées. A ce moment de notre entretien, l’émotion monte d’un cran, les souvenirs de Béatrice sont très proches et très présents. J’ai le sentiment le sentiment que Béatrice raconte comme si elle y était.

Pour finir ce premier thème d’introduction, on peut remarquer dans l’énoncé de Béatrice l’absence d’élément concernant les causes de l’infertilité ayant causé des « deux gros gros pépins ». Je n’ose pas poser de question car je sens pouvoir susciter des choses très douloureuses. Même si cela aurait pu affiner ma compréhension, l’origine restera un mystère.

La suite demain…

Anne-Solène Gatzoff, Psychologue Tresses

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